Genre : Fantastique, romance
Durée : 108’
Acteurs : Margot Robbie, Colin Farrell, Kevin Kline, Phoebe Waller-Bridge, Lily Rabe, Jodie Turner-Smith, Billy Magnussen, Sarah Gadon, Brandon Perea, Hamish Linklater...
Synopsis :
Imaginez pouvoir ouvrir une porte et la franchir pour revivre un moment décisif de votre passé. Sarah et David, deux inconnus célibataires, se rencontrent lors du mariage d’un ami commun et, par un incroyable coup du sort, se lancent ensemble dans une aventure grandiose - drôle, fantastique et pleine d’émotions - où ils revivent des instants marquants de leurs vies respectives. Ces souvenirs retracent leurs parcours et pourraient bien leur offrir une chance de transformer leur avenir.
La critique de Julien
Avouons-le : difficile de rêver mieux qu’une telle tête d’affiche, glamour à souhait. Imaginer Margot Robbie et Colin Farrell réunis dans une comédie romantique teintée d’onirisme avait de quoi séduire, surtout au vu d’une promotion promettant un univers coloré et enchanteur. Mais derrière ses 45 millions de dollars de budget de production et son titre aussi énigmatique que racoleur, "A Big Bold Beautiful Journey" déçoit autant qu’il fascine par son ambition conceptuelle…
Une agence de location de voitures pas comme les autres...
Réalisé par l’énigmatique Kogonada, cinéaste américain d’origine sud-coréenne révélé par "Columbus" (2017) et plus récemment par le contemplatif "After Yang" (2022) - déjà avec Colin Farrell -, le film prolonge ses obsessions autour de la mémoire et de l’identité. Ici, deux inconnus cabossés par la vie se rencontrent grâce à une mystérieuse voiture de location équipée d’un GPS très spécial, car plus insistant qu’assistant. Guidés d’arrêt en arrêt, de porte en porte, David et Sarah retraverseront alors des instants fondateurs de leur existence, entre deuils, amours ratés, regrets et rêves inachevés. Une odyssée intime qui les obligera à confronter leur passé afin de savoir s’ils peuvent encore croire en l’amour...
"Un onion ring comme seul anneau que tu ne m’offriras jamais…"
Road movie imaginaire, quête d’authenticité personnelle et affective, "A Big Bold Beautiful Journey" ne manque pas de charme, à commencer par l’alchimie entre ses acteurs principaux. Il n’y a pas à dire, Margot Robbie et Colin Farrell irradient l’écran, et tiennent à merveille un parapluie, tandis que la photographie de Benjamin Loeb illumine leurs visages et sourires. C’est d’ailleurs par son visuel que cette romance fantastique tire son épingle du jeu, laquelle nous plonge dans un voyage aussi doux que mélancolique, parsemé de quelques moments de pure fantaisie, où la comédie musicale côtoie notamment le drame intime. On papillonne alors devant la beauté formelle du film de Kogonada, même si celle-ci finit par devenir trop pompeuse, voire superficielle. Car "A Big Bold Beautiful Journey" (qui signifie littéralement "un grand, audacieux et beau voyage") peine à refléter le panache de son titre. En effet, comparativement au récent "The Life of Chuck" (2025) de Mike Flanagan, qui parlait également du voyage comme métaphore de la vie ou encore du passage du temps, le film de Kogonada finit par en faire des tonnes. Sa démarche, certes fantasmagorique et audacieuse, devient vite répétitive et risquée, incapable d’éviter les gouttes de pluie sur son passage.
Une mécanique narrative trop visible
Écrit par Seth Reiss ("Le Menu", Mark Mylod, 2022), le scénario du film cède au piège de sa construction, c’est-à-dire une suite de saynètes où David et Sarah se confient mutuellement sur leurs regrets et blessures, ou replongent dans leurs souvenirs. Ils y retrouvent alors parents, amours passés ou amis d’enfance, figés dans le temps. Mais si ces séquences nous ouvrent les portes de leur intimité, elles peinent à susciter une véritable empathie. En effet, trop dialoguée et peu entraînante, la mise en scène de Kogonada fait sans cesse le grand écart d’une émotion à l’autre, d’un décor à l’autre, sans jamais trouver le bon équilibre. "A Big Bold Beautiful Journey" transforme alors le voyage en une succession d’images léchées et de jolis tableaux (ainsi que de placements de produit) existentiels, mais éphémères. Et Margot Robbie et Colin Farrell n’y peuvent rien, lesquels finissent par forcer leurs traits face à un dispositif qui les y pousse, alors que l’on sait pourtant comment ce périple - finalement pas si fabuleux - va se terminer. Bref, à force de vouloir faire grand et beau, "A Big Bold Beautiful Journey" finit par manquer à l’essentiel : toucher et divertir à hauteur de ses promesses. Pas étonnant que le film ait calé au box-office américain, avec seulement 3,2 millions de dollars de recettes récoltés lors de son premier week-end d’exploitation, pour un budget de production de 45 millions. Une douche froide… pour laquelle même un parapluie ne suffit pas !
