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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Francis Lawrence
Marche ou Crève (The Long Walk)
Sortie du film le 01 octobre 2025
Article mis en ligne le 9 octobre 2025

par Julien Brnl

Genre : Thriller

Durée : 108’

Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Mark Hamill, Charlie Plummer, Ben Wang, Roman Griffin Davis, Judy Greer...

Synopsis :
Dans un futur indéterminé, une compétition appelée La Longue Marche est diffusée avec succès chaque année à la télévision à partir du 1er mai. Un groupe d’adolescents doit marcher jour et nuit sans interruption aucune, à un rythme minimal imposé, aussi longtemps que nécessaire pour déterminer un vainqueur. Cette année, le jeune Ray Garraty fait partie des cent candidats.

La critique de Julien

Depuis quelques années déjà, l’œuvre de Stephen King connaît un véritable regain d’intérêt à l’écran. Cette année-ci, entre le décevant "The Monkey" d’Osgood Perkins, l’exceptionnel "The Life of Chuck" de Mike Flanagan, ou encore la série Prime Video "L’Institut", les adaptations s’enchaînent. Et ce n’est d’ailleurs pas près de s’arrêter ! En effet, c’est le 27 octobre prochain que la série "Welcome to Derry" — préquelle des deux films "Ça" (2017) et "Ça : Chapitre 2" (2019) d’Andrés Muschietti — débarquera (enfin !) sur HBO Max, tandis qu’une nouvelle version de "Running Man", signée Edgar Wright, avec Glenn Powell, est attendue pour le 19 novembre dans les salles, 38 ans après celle de Paul Michael Glaser avec Schwarzenegger. Publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman, c’est cette fois-ci le roman "The Long Walk" qui s’offre un passage sur grand écran, après être resté en développement pendant des décennies. Passé entre les mains de George A. Romero, de Frank Darabont (à qui l’on doit déjà des adaptations de King comme "La Ligne verte" [1999] et "The Mist" [2007]), de James Vanderbilt ou encore d’André Øvredal, c’est finalement entre celles de Francis Lawrence qu’est arrivé le projet. Réalisateur de plusieurs adaptations des livres "Hunger Games" de Suzanne Collins, tout comme de la dernière, la préquelle "La Ballade du Serpent et de l’Oiseau Chanteur" (2023) [1], ce dernier sait dès lors y faire en matière de récit d’anticipation dystopique, de propagande et de régime totalitaire, soit des thèmes qu’il retrouve ici, avec "The Long Walk"...

L’Amérique de King en marche...

Dans un XXe siècle alternatif, les États-Unis sont soumis à un régime militaire totalitaire après une guerre dévastatrice. "Marche ou crève" suit précisément cinquante adolescents (parmi cent ; un par État, tirés au sort) qui participent à une compétition télévisée annuelle — "La Longue Marche" — instaurée par le régime, destinée à inspirer les spectateurs au patriotisme et à l’éthique du travail, alors que le pays est en proie à une grave dépression économique. Tandis qu’ils reçoivent de l’eau et des rations journalières, ces derniers doivent marcher sans interruption, aussi longtemps que nécessaire pour déterminer un vainqueur, et sans descendre en dessous d’un rythme minimal imposé, sous peine de recevoir un maximum de trois avertissements avant d’être sèchement abattus. Heureusement, un certain temps sans faute permet d’effacer ces avertissements. De même, ceux qui fuient la marche sont aussitôt fusillés. Sur base volontaire, cet événement, malgré le danger de mort qu’il représente pour chacun des participants, pourrait alors permettre au dernier survivant de gagner une grosse somme d’argent, ainsi que l’opportunité de réaliser un vœu. Bref, l’espoir d’améliorer sa vie et celle de sa famille...

De la cervelle, en veux-tu, en voilà !

D’après un scénario écrit par J.T. Mollner, à qui l’on doit l’excellent thriller tordu "Strange Darling" (2024), "Marche ou crève" traîne rapidement des pieds, la faute à une intrigue bavarde et manifestement plus centrée sur ses jeunes hommes que sur son contexte narratif, dont ne subsistent que quelques bribes et décors. Pourtant, c’est là l’un des atouts majeurs de l’œuvre naturaliste de Stephen King, soit de plonger le lecteur dans un univers d’horreur dystopique-psychologique, où la tension naît moins de l’action que de l’usure, du temps qui s’étire et des corps qui lâchent, où chaque pas devient une épreuve existentielle autant que physique. Sauf que le film peine justement à refléter la tension qui se joue à chacun des pas des participants, tandis que la mise en scène de Francis Lawrence tend vers le voyeurisme à mesure que les jeunes hommes meurent à tour de rôle. En effet, de la cervelle, en veux-tu, en voilà ! Et le tout face aux caméras qui diffusent en direct à la télévision les images ! Mais le film n’approfondit pas non plus cette fascination du public pour la violence, ni l’idée de cette société qui transforme la souffrance en spectacle. Or, tant qu’à prendre des libertés avec l’histoire originale, pourquoi ne pas venir bousculer quelque peu ses fondements, notamment face à la douloureuse résignation collective, à l’image du triste final ?

Près de cinq-cents kilomètres à pied, ça use, ça use...

Traçant sa route sans véritable surprise ni souffle, "Marche ou crève" évolue heureusement autour de deux amis en devenir, Ray Garraty (Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour Hoffman) et Pete McVries (David Jonsson), représentant une génération entre espoir et désillusion, face au totalitarisme d’après-guerre. On parvient alors à s’attacher à ces jeunes, en même temps que naît entre eux leur amitié, que l’on découvre leur histoire et leur motivation personnelles à prendre part à cette marche de la mort. Au travers eux, le film traite ainsi de perte d’innocence, de solidarité, ou encore de l’importance du pardon face au ressentiment. Bref, l’humain subsiste ici face à l’absurdité et la cruauté du système. Autant de thèmes fédérateurs qui perdent malheureusement en force le long de dialogues et discussions en demi-teintes, et une mise en scène répétitive. L’ensemble laisse donc sur notre faim, tandis qu’on aurait souhaité que le film pointe davantage vers le haut les curseurs du pessimisme ou, au contraire, de la rébellion. Loin d’une promenade de santé, "Marche ou Crève" n’est donc pas à la hauteur tragique du roman qu’il adapte. Cependant, il demeure un thriller brutal, ambitieux et symbolique, à défaut d’être inoubliable. C’est déjà pas mal lorsqu’on s’attaque à du Stephen King !



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